Né fragile, aimé fort


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Le mardi 15 janvier 1968, jour de la Saint-Rémi, un jour ordinaire où allait pourtant commencer le destin d’un poète pas tout à fait comme les autres..

Ce jour-là, il y avait beaucoup de neige — environ 15 centimètres – et un froid glacial avoisinant les -10 °C, mais le ciel était dégagé, baigné d’un magnifique soleil.

Un hiver relativement banal dans le centre de la

France.

Il est maintenant 10h10, et tout commence pour moi.

Comme j’étais relativement pressé de voir le jour, je n’ai pas attendu que maman, accompagnée de son médecin, arrive à la maternité de l’hôpital de Cosne-sur-Loire.

Alors, je suis né à l’hospice de Donzy.

Oui, vingt kilomètres de plus à parcourir, c’était un peu trop pour moi.

Ah, j’oubliais: vu ma hâte de découvrir le monde, j’avais trois mois d’avance. Neuf cents grammes pour une quarantaine de centimètres !

À cette époque, c’était un vrai miracle, surtout dans un établissement dépourvu d’un service pour les grands prématurés, sans aucun équipement médical adapté pour faire face à une naissance aussi délicate.

Il a donc fallu me transporter en urgence dans un hôpital équipé d’un service maternité.

Me voilà arrivé au centre hospitalier de Cosne, pris très rapidement en charge par le personnel.

Les six premiers mois de ma vie, je les ai passés en couveuse.

J’ai été sous oxygénation constante pendant de longues semaines, le temps que mes poumons se développent, que je prenne du poids et que mon corps se renforce.

Cette période a laissé des traces, notamment sur ma vue — mais cela, on ne le découvrira que quelques temps plus tard.

Dans les mois qui ont suivi, les médecins ont volontairement déclenché la plupart des maladies infantiles: rougeole, rubéole, et d’autres, afin de surveiller de près mes réactions immunitaires.

À cette époque, on ne me donnait que deux ou trois ans à vivre.

Mais ma volonté de rester en vie forçait l’admiration de mes parents, tout comme celle du personnel médical.

Il faut dire qu’au début des années 70, les chances de survie d’un grand prématuré étaient encore très faibles, surtout dans les petites villes de province, où le matériel manquait, les moyens humains étaient restreints, mais où la volonté, elle, ne faisait jamais défaut.

Après plusieurs mois passés à l’écart, me voilà enfin accueilli dans ma grande et belle famille, composée de cinq frères et une sœur.

Deux ans plus tard, la petite dernière viendra compléter la fratrie.

Mon père, ma mère et tous les autres étaient heureux de recevoir cet enfant que, jusque-là, presque personne n’avait vu.

Un fils et un frère fragile, qu’il fallait surveiller en permanence: éveil, prise de poids, alimentation…

Eh oui, ma mère ne pouvait pas m’allaiter, puisque je ne suis rentré à la maison que six mois après ma naissance.

Et en plus, j’étais intolérant au lait de vache.

Oui, je faisais déjà un peu qu’à ma tête !

Il a donc fallu me nourrir avec une solution de substitution: du lait de chèvre.

Une alternative naturelle, car à cette époque, le lait infantile médicalisé était encore très rare — et surtout hors de portée pour une famille nombreuse où seul le père travaillait.

Les débuts à la maison furent à la fois joyeux et pleins de précautions.

Chacun de mes gestes comptait, chacun de mes sourires, lui aussi, rassurait.

Ma mère, déjà bien occupée avec mes frères et sœurs, redoublait d’attention à mon égard. Elle avait développé cette intuition particulière que seuls les regards de mères savent exprimer.

Mon père, homme discret mais solide, gardait souvent le silence, mais ses yeux trahissaient l’émotion lorsqu’il me voyait lutter avec autant de force dans ce petit corps si fragile.

Je grandissais lentement, mais sûrement.

Chaque gramme gagné était une vraie victoire.

Chaque jour passé sans complication, un véritable cadeau.

Bien sûr, je n’ai aucun souvenir de ces premières années, mais les récits de mes parents et les regards attendris de mes frères et sœurs en parlent bien mieux que moi.

Je sais que mes débuts ont marqué la mémoire familiale.

Je suis un peu devenu « le petit miraculé », celui qui avait défié les pronostics.

Mais dans cette maison animée, les jours ne tardaient pas à retrouver leur tumulte habituel: les cris d’enfants, les bonnes odeurs de cuisine, et le va-et-vient constant d’une famille nombreuse.

Et moi, au milieu de tout ça, je poursuivais mon petit bonhomme de chemin — dans une bataille pour la vie.