À peine le divorce prononcé, je n’étais plus qu’un baiseur en série. Un queuteur pathétique, obsédé, incapable de penser à autre chose qu’à foutre des femmes de bas étage, plutôt que d’assumer mes gosses.
Mes enfants ? Je les ai jetés de ma vie comme des déchets trop lourds à porter. Pas un week-end, pas une vacance, pas une main tendue. J’ai préféré salir mes nuits dans les quartiers sombres, traîner dans les bars miteux, courir après des jupons qui ne valaient rien, plutôt que de prendre mes fils dans mes bras.
Je me croyais malin, séducteur, mais je n’étais qu’un rat en rut, un pauvre type prêt à ramper pour quelques minutes de baise. La paternité ? Une erreur que j’ai toujours refusé d’assumer. J’ai remplacé leur sourire par mon absence, leur besoin d’amour par mon mépris.
Je me suis perdu dans les recoins les plus crades de la ville, persuadé que je vivais encore, alors que je creusais juste ma propre tombe. J’ai troqué mes enfants contre des corps sans âme, contre des moments minables qui m’ont laissé plus vide encore que je ne l’étais déjà .
Quand mes enfants venaient, je ne changeais rien à mes habitudes. Mes conquêtes, je les planquais à la va-vite derrière une porte, enfermées dans la salle de bain ou refoulées dans la chambre du deuxième, comme de vulgaires secrets honteux. Et moi, je me pointais devant eux, quasi nu, fier de mon mépris, juste pour les choquer.
Je voulais qu’ils voient. Qu’ils encaissent. Qu’ils retournent chez leur mère en racontant tout, qu’ils répètent à leurs camarades, à leurs profs, aux assistantes sociales, que leur père n’était qu’un porc. J’aimais cette idée : salir mon image à travers leurs yeux, leur laisser cette cicatrice indélébile.
Ce n’était pas un accident, c’était voulu. Une provocation, une arme. Faire de ma crasse un spectacle, imposer mon vice comme une vérité qu’ils devraient porter toute leur vie. Je voulais que ma pourriture déborde jusque dans leurs mots, qu’elle colle à leur mémoire et qu’elle les hante.
Mais tout ça, ce n’était qu’une façade. Des moments voulus, calculés, presque mis en scène. Je provoquais, je choquais, je mettais en colère exprès. C’était ma manière tordue de tenir debout, de ne pas sombrer dans la dépression. Un jeu morbide, une provocation permanente, un théâtre où je jouais le rôle du monstre.
Sauf qu’à force de jouer avec le feu, j’aurais pu tout brûler. Ces mises en scène pouvaient déraper, se retourner contre moi, détruire ce qui restait encore autour de moi. C’était ma folie silencieuse : me fabriquer une image ignoble pour ne pas m’effondrer, quitte à tout risquer.
Un jour, en me baladant avec les deux derniers, tout a failli basculer. Un simple contrôle de police qui aurait pu tourner au cauchemar. Les flics me demandent mes papiers d’identité… papiers que je n’avais pas. Alors, leurs yeux se posent sur les enfants. Ils me demandent si ce sont bien les miens, et surtout de le prouver. Mais comment ? Rien en poche, aucun document, aucune preuve immédiate.
En une seconde, je suis devenu suspect. Aux yeux des passants, je n’étais plus un père, mais un pédophile potentiel. Un “bon samaritain” trop zélé s’est empressé de me dénoncer, et me voilà embarqué au poste comme un criminel.
Deux heures d’attente, de regards lourds, d’interrogatoires secs, comme si j’étais un monstre. Deux heures où mes gamins ont dû me regarder derrière des murs froids, sans comprendre.
J’ai finalement été relâché, grâce à une amie huissière, qui a certifié que ces enfants étaient bien les miens. Mais cette journée m’a laissé une marque brûlante : la honte, l’humiliation d’avoir été traité comme le pire des salauds, simplement parce que je n’avais pas les bons papiers au bon moment.
3 – Accueil minable

